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L’odeur de la lavande me ramène dans l’armoire en bois massif réservée uniquement au linge de maison.

Dés son ouverture : l’effluve du blanc imprègne mes narines.

Comme une étreinte d’enfance, comme la joue de ma mère toute proche de la mienne.

Les draps en coton épais, exhalent les bavardages féminins autour du lavoir.

Le rire des femmes entre elles, le cycle de la lune, qui reflète l’eau de mon baptême.

Les draps sont pliés de telle sorte que les initiales brodées soient bien visibles, comme un don de guérison donné en héritage, comme un code génétique transmis avec la douceur du prénom.

Les taies d’oreillers sont toutes proches, elles sont détendues, confiantes.

Elles savent qu’elles forment un couple indissociable avec leurs aînés, elles distillent l’alliance, l’haleine amoureuse de l’homme pour sa femme, l’intimité de la chambre à coucher, l’étreinte fidèle, le regard de la vérité.

Ce parfum de confiance ressemble à l’odeur de la terre, après une giboulée.

Sur l’étagère du dessus repose une pile de torchons, posés les uns sur les autres, leurs rayures évoquent un régiment militaire qui marche à la même cadence, semblable à une ordonnance : à prendre matin, midi et soir, ils me renvoient dans la cour de l’école où souffle le rire des enfants qui n’arrivent pas à tenir le rang.

Dans la rangée d’à côté, se trouvent les serviettes de table :

Elles ravivent la poule au pot du dimanche, les œufs dans le poulailler, la chaleur des repas de famille comme un collier de perles nacrées, les soupers à la lueur des chandelles, quand les enfants sont couchés, les yeux dans les yeux, le cœur dans le cœur, le parfum de la bougie qui pétille, le champagne qui se consume, passionné.

Juste à coté, comme l’enfant dans le berceau, des bavoirs sont assoupis.

Je revois la petite fille, qui cherche à imiter sa maman, en glissant ses petits pieds dans les talons aiguilles, je sens le doudou innocent, reniflé encore plus intensément, lors du 1er jour de crèche. Ils ont servi à tous les enfants du clan ; malgré le sable écoulé dans l’autre partie du sablier, les bavoirs sont restés d’un blanc immaculé, comme la neige sur laquelle on n’a encore jamais marché, comme le lait maternel.

Ils ont les bras grands ouverts, prêt à accueillir le nouveau-né suivant.

Le chemin de table me conduit chez les locataires du dessous. 

Là, sommeillent les serviettes de bain et les gants de toilette.

Ils ont le privilège de connaître la vérité des corps nus, les petits bourrelets qui sentent bon la glace à la vanille, les années qui se sont égrenées ; la cicatrice d’enfance qui embaume le pain d’épice, le courage du pari fièrement gagné ; les grains de beauté qui exaltent l’arôme du café fraîchement torréfié ; les matins à la campagne, pieds nus dans la rosée, le regard intense de la mère pr son bébé.

Lavande essentielle, mystérieuse et sacrée, merci d’exister.